Quand Fitness rime avec tristesse

En général et notamment sur les réseaux sociaux, la notion de « Healthy » (sain, en bonne santé), et très souvent associée au monde du fitness. A juste titre ? Je n’en suis pas sûre…

Avant de renouer avec « mon vrai moi » (si vous avez raté le début, c’est ICI ), c’est à dire il n’y a pas si longtemps, j’étais abonnée à une multitude de comptes de coaching fitness.
Tout comme les stars du petit écran qui me fascinaient étant enfant, les stars du fitness que j’admirais le plus étaient américaines, en particulier Michelle Lewin et Emily Skye ci dessous :

Elles suscitaient chez moi la même fascination quasi hypnotique.
Queue de cheval impeccable et sourire éclatant au lèvre, corps dépourvu de toute forme de cellule lipidique, musculature à la fois fine et développée, elles exécutent leurs séances d’entrainement sans que leur peau ne semble produire la moindre goûte de sueur.
Je ne les admirais pas seulement pour leur physique qui était en tout point conforme à l’idée que je me faisais de la perfection, je les admirais aussi pour leur capacité à « se challenger » à travailler physiquement et mentalement très dur pour arriver à ce résultat.
C’était tellement éloigné de ma propre nature que de repousser mes limites physique que j’admirais profondément ceux et celles qui en était capables. Et la était bien tout le problème, car du fait que le résultat était celui que je voulais atteindre, l’effort que j’allais devoir fournir pour le faire était à 100 % contre nature.
J’étais admirative mais si je devais décrire en toute honnêteté ce que je ressentais en les regardant, je pense que je dirais que l’angoisse et la panique n’était jamais bien loin. Je me rends compte (d’ailleurs je souris en écrivant ces lignes) à quel point l’idée que le visionnage d’une vidéo de training fitness puisse provoquer un quelconque sentiment de stress peu paraître ridicule, mais c’était pourtant bien le cas.
Parce que dans mon esprit c’est comme si toutes ces vidéos comportaient toutes un seul et même sous titre commun à savoir : « allez ma grosse, t’as vu ça ? Y a encore du taf ! ça c’est un VRAI corps « fit » et sculpté, allez allez, vite vite vite au boulot ! »

« Tel est le processus obsessionnel : il y a des règles à respecter scrupuleusement »

J’avais dans mes favoris toute une collection de programmes de « fat burning » (oui car le gras c’est le MAL absolu à éradiquer).
Le matin je consacrais a minimum 45 minutes a ma séance et je devais choisir avec soin mes exercices pour que j’ai le temps « de tout faire ». Car tel est le processus obsessionnel : il y a des règles, une routine à respecter scrupuleusement.
Tout manquement aux règles est source inévitable de culpabilité, de calculs supplémentaires et de complications en tous genres car alors il faut absolument « rattraper » ledit manquement d’une manière ou d’une autre.
Je revois le regard incrédule de ma mère (dont l’expression reflétait un sentiment se situant quelque par entre l’amusement et le désespoir) lorsqu’il lui arrivait de passer la nuit chez moi et qu’elle me voyait débarquer dans le séjour (ou elle passe habituellement la nuit) à 06 h du matin, en brassière et legging, les yeux encore tout ensommeillés, à peine sortie du lit, commencer ma séance par un échauffement bien cardio (du genre 3 séries de 30 jumping jacks pour les initiés) et une heure plus tard, ruisselante de sueur, courir littéralement jusqu’à la douche.
Car alors il n’y avait plus une minute à perdre ! Vite se laver, vite s’habiller et se préparer pour partir au bureau. Stress, stress, stress.
Le petit déj qui suivait était tout aussi minuté que calculé. Comme mes programmes d’entrainement, sa composition devait être strictement conforme à certaines règles nutritives : je ne pouvais pas permettre que le nombre de calories m’échappe, à la dizaine près. Généralement composé d’un fruit, d’un oeuf cuit sans graisse et 30 g (attention pas 32 ni 35!) de flocons d’avoine accompagnés d’un demi litre de thé vert, il était impensable d’imaginer remplacer ou me passer d’ une composante.
Sinon ? Contrariété extrême entraînant à nouveau le schéma culpabilité-calculs-rattrapage.
Voilà un schéma qui s’appliquait à pratiquement tous les domaines de ma vie.
Car question alimentation, les règles du fitness sont impitoyables : un cheat-meal (que nous traduirons par « repas festif » même si ce n’est pas vraiment la traduction littérale) par semaine pas plus…
Votre vie sociale toute entière s’organise en fonction de cette règle cruciale que j’avais pour ma part quasiment érigé au rang de Dogme.

D’autant plus difficile psychologiquement à respecter que, oui, j’ose le dire aujourd’hui haut et fort : je suis gourmande et j’aime manger !
Cette règle nécessitait donc pour ma part de développer des trésors de volonté et de self contrôle pour parvenir à me priver de pratiquement tout ce que j’aimais manger : car comme un fumeur en phase de sevrage le ferait avec la cigarette pour en oublier le goût et en perdre complètement l’habitude, je préférais ne plus du tout manger de tel ou tel plat ou aliment (adorés par le passé tel que gratin dauphinois et tous type de plats gratinés, frites et tout types d’aliments frits, fromage, tartines pain-beurre…)
Je vous laisse imaginer la panique à l’approche des vacances d’été (resto, rosé, apéro, BBQ) ou pire, des fêtes de Noël (les pots de fin d’années qui s’enchaînent, les repas de familles en série).
Ces périodes signifiaient avant tout pour moi le redoublement des calculs et manoeuvres d’évitement. Et rien ne me causait autant de souci, parce que, comme il est difficile de refuser ou de trouver des excuses pour éviter toutes les invitations, ça signifiait souvent redoubler d’efforts. Et en fait cela relevait du défit car il ne me restait guère de marge ni en terme de restriction alimentaire quotidienne ni en terme de temps consacré à l’exercice physique.

« Healthy « cette vie ? vraiment ?

Le tout dans le plus profond déni

A ceux qui ouvraient de grands yeux quand ils découvraient ma routine matinale je répondais : « mais c’est géniaaaaal, j’adooooooore ça ! Après je suis trooooop bien ! C’est mon mode de vie, je peux pas m’en passer ! C’est ma drooooogue !!! »

Depuis toutes ces années, je m’en étais moi même convaincue.
En réalité il s’agissait plus d’un asservissement que d’une addiction dans le sens ou si je ne le faisait pas ou moins je me sentais affreusement mal, aussitôt tourmentée et accablée par la petite voix de ma culpabilité. Cette petite voix dans ma tête qui me disait : « ça commence comme ça et puis après tu te laisseras complètement aller.. »
C’était donc ce qu’il FALLAIT faire.

Ce qu’il fallait faire pour ne pas que ma nature reprenne le dessus, que le « vrai moi » ne refasse surface.
J’allais jusqu’à me mentir à moi-même.

Je publiais ce genre de photos prises à la salle de sport (où je passais mes vendredis après-midi de congé) avec comme commentaire « un bon training de fin de semaine et le stress disparaît » ou « on se sent mieux après ».
C’était faux, tellement faux, car en réalité j’aurais tout donné pour ce qui m’aurait vraiment fait du bien à savoir une bonne sieste et une belle pâtisserie chocolatée de chez mon copain Thierry Court !

Se respecter

Voilà, pour moi, le danger de la pratique du fitness sous sa forme la plus excessive.
Il se situe dans le fait de contraindre physiquement et psychologiquement sa VRAIE nature. Dans le long terme cela peut être dévastateur. En cela cette pratique n’a rien de sain (« Healthy ») pour le psychisme en tous cas.
Il se peut malgré tout que cette pratique ne soit pas vécue de la même manière pour tout le monde, car nous avons tous des besoins et des natures différentes.

Ce qui compte avant tout, c’est de se respecter. Respecter sa nature.
J’ai aujourd’hui compris quelque chose de capital : le respect de soi c’est le premier pas vers l’amour propre, lui même le premier et indispensable vers la sérénité.

Dans le cas de la pratique du fitness à l’excès, pour ma part il n’était question que de contrainte et d’interdiction, rien ne m’apportait de satisfaction réelle là-dedans.
Parfois le reflet de ma sangle abdominale bien dessinée dans le miroir ou la vision des os de mes clavicules saillantes (plus mes clavicules étaient saillantes plus je me trouvais sexy) sur un selfie m’offrait quelques secondes de répit, mais alors mon oeil était aussitôt attiré vers un autre détail à « corriger », ou bien je me mettais à stresser en pensant qu’il ne fallait pas relâcher si je voulais « garder ça ».

Les 6 dernières années, l’hiver, le corps à l’épreuve du froid et le moral à celle du manque de luminosité, après mon heure de training, mes préparatifs matinaux exécutés dans un timing qui ne tolérait pas le moindre écart et mon trajet de 40 minutes à pieds (par tous les temps), il m’arrivait de m’installer sur mon fauteuil de bureau et de me sentir complètement épuisée alors qu’il n’était même pas 09h du matin et que j’avais encore ma journée de travail à affronter…

N’étais-ce pas un peu cher payer pour une satisfaction aussi futile qu’éphémère ?

Triste, stressée et épuisée.

Alors voilà, si je dois tirer les conclusions de ma propre expérience c’est d’abord celle ci : en réalité « Fit » n’est pas toujours synonyme de « Healthy ».

My Fit body V/S my Happy body

Je pense que pratiqué sous sa forme « extrême » à s’avoir se mettre dans une démarche d’auto-challenge physique et mental permanent, les injonctions du milieu du fitness peuvent avoir des conséquences dramatiques sur des personnes déjà « fragiles », voir engendrer ou déclencher des troubles du comportement alimentaires ou des dépressions.

Aujourd’hui je pratique le sport « plaisir » à la fréquence et avec l’intensité qui me conviennent, qui me procurent du plaisir et m’apportent un réel bien-être. J’ai arrêté de me faire souffrir en voulant me « challenger », dépasser mes limites et finir par ressembler à quelqu’un qui n’est pas moi.

Je suis comme je suis et je n’ai rien à prouver ni à moi même, ni aux autres.

Car « se challenger » en permanence n’est ce pas tout simplement aller à l’encontre de sa vraie nature et finalement finir par ne plus se respecter ?

Qu’en pensez vous ? Vos avis m’intéressent !


3 réflexions sur “Quand Fitness rime avec tristesse

  1. Réflexion très intéressante, chapeau pour cette prise de recul et bravo à toi. Choisir de profiter de la vie et de qui on est pour s’épanouir 😉
    Pas donné à tout le monde.
    J’ai pour ma part eu toute une période de ma vie pendant laquelle le challenge me faisait vivre. Performance (à mon petit niveau quand même) et enchaînement d’activités (physiques ou pas d’ailleurs). Pas pour le fitness (même si je me sens plus à l’aise quand mon corps est tonique) mais pour vivre. Enfin…avoir cette impression.
    Finalement et les épreuves de la vie faisant je me suis détachée peu à peu de ça et en te lisant j’en prends encore plus conscience.
    J’ai toujours besoin de le « nourrir » mais l’aspect performance a bien diminué pour faire place au plaisir de faire, plaisir de la vue au sommet ou encore plaisir de voir le sourire de ceux à qui j’ai fait plaisir !
    Alors encore bravo à toi. Cette expérience restera une force pour toi. Enjoy ! La vida es chula
    Bises

    Aimé par 1 personne

    1. Un grand merci pour ta réponse ! Oui je pense qu’il y a également derrière ce besoin de challenge, d’hyperactivité une peur de l’ennui, de se retrouver avec soi… et au final on ne prend plus vraiment le temps d’apprécier vraiment…mais comme tu le dis, quand le plaisir de faire remplace le besoin de faire, là c’est gagné ! Oui d’avoir vécu de cette manière me permet d’apprécier aujourd’hui d’autant mieux tout ce qu’il y a de bon à vivre dans cette vie et de réaliser chaque jour ce qui compte vraiment… bises et merci de ta visite ici !

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