Une parenthèse de 9 mois

Le souvenir de ma grossesse me paraît à la fois proche et lointain.
Logiquement lointain parce que 12 ans se sont écoulés depuis, et étrangement proche car certaines sensations me sont restées très vivement en mémoire.
Je ne sais pas pour vous mais moi je pense qu’une première (et unique pour ma part) grossesse peut être considérée comme une aventure relevant du registre de la science fiction.
Compte tenu de mon état d’esprit au sujet du désir d’enfant, (voir article : En avoir ou pas… ) et mon obsession concernant le contrôle de mon poids (merci mon TCA bien aimé !), vous imaginez sans peine mon appréhension à l’égard de cette état de grossesse. Dans grossesse il y a GROSSE.

Il faut dire que j’avais imaginé la chose de la manière la plus dramatique possible (car oui j’ai une capacité de dramatisation assez prononcée).
Dramatisation alimentée par les innombrables récits que 80% de l’entourage féminin d’une femme enceinte se met a déverser systématiquement aussitôt que leurs yeux se pose sur son ventre arrondi.
J’ai d’ailleurs toujours été fascinée par le degré d’intimité que peuvent atteindre ce type de récit. Et ce de la part de personnes qui ne font pas forcément partie de votre entourage proche. A croire que l’état de grossesse vous empêche d’éprouver tout sentiment de malaise, gêne ou pudeur tant vous devenez l’auditrice privilégiée d’histoires plus gênantes et gores les unes que les autres mettant en scène les parties les plus intimes du corps de femmes avec qui vous n’échangez habituellement guère plus que quelques courtoises politesses.
Je me voyais donc terminer ces 9 mois avec 20 kg de plus, en proie à un inévitable et contrôlable gonflement, un quotidien composé d’aigreurs, remontées acides et autres poussées hémorroïdaires qui anéantirait de manière irréversible tout mon potentiel glamouristique.

Contre toute attente, les 3 premiers mois de faibles nausées matinales passés, ces 9 mois ont été une parenthèse de relative sérénité, dans un moment de ma vie ou toute perspective de changement engendrait chez moi une inévitable anxiété, et ou le contrôle de mon poids et de mon image alourdissait mon quotidien de manière assez marquée.

Deux ans plus tard, lorsque j’ai senti le souvenir s’estomper lentement, et que les ressentis de ces 9 mois inédits de mon existence se dissipaient peu à peu, j’ai voulu garder une trace de ce souvenir de grossesse et j’ai écrit le texte suivant.

« Deux en Un »
Si j’avais voulu ne garder qu’un seul souvenir de ma grossesse, si on m’avait demandé de sélectionner, d’isoler entre toutes une sensation ressentie pendant cette période, ça aurait été celle-ci : la sensation physique du mouvement de vie à l’intérieur de moi.
La preuve tangible, physiquement ressentie, du développement de cet être dans mon être, cette sensation physique du « deux-en-un ».
Moi qui ai toujours considéré la solitude comme mon pire ennemi, quoi de plus naturel alors que je me sois sentie tout à la fois sécurisée, apaisée, mais aussi dynamisée, euphorisée par cette compagnie de tous les instants.
Et loin de me troubler, de m’effrayer ou de me paraître étrange, j’ai immédiatement adopté, intégré cette sensation de mouvement dans mon être. Elle m’a semblé naturelle, innée, comme si ce n’était pas la première fois.
Je l’ai si vite acquise et considérée comme logique, que j’ai immédiatement et spontanément commencé à communiquer avec ce petit bout de moi qui y faisait déjà tant de raffut !
Une communication qui a pris des formes variées mais qui a commencé spontanément par le langage, je devais le nommer, le rassurer et l’aimer, d’abord avec des mots, avec mes mots à moi. Maintenant que je le sentais enfin bouger, je pouvais lui parler.
Evidemment qu’il avait commencé à remuer bien avant que je ressente les effets de sa petite danse de vie intra-utérine, bien sûr qu’il se dandinait déjà, si minuscule embryon était il !
Lors de la première échographie, nous en avions même été témoins, son père et moi, de cette frénésie de mouvements, tels des voyeurs attendris par une si grande volonté de vie.
C’était donc vrai alors, il existait bel et bien ce bébé ?
Cette existence qui était pour moi réduite jusqu’alors à un simple taux d’hormones sur un bulletin de résultat d’analyses médicales et résumée en un mot, indiscutable selon le corps médical : POSITIF. Résultat Garanti. Grossesse prouvée.
Des lettres majuscules usées à force d’être lues : alors c’est sûr ?
Ca veut dire que je suis enceinte ? Autrement dit : je vais avoir un bébé ?
Un bébé dont la seule représentation physique que je m’en faisais se limitait alors à une forme abstraite aux contours incertains pouvant aussi bien s’apparenter à la famille des crustacés qu’à celle des légumes secs…

Espionnage in-utero
Et puis un jour, un jour programmé bien sur, et ô combien attendu, après trois mois ou très exactement douze semaines d’attente en équilibre entre nausées et fringales, doute et certitude, angoisse et joie intense, cette intrusion soudaine par-delà les tissus, membranes, fibres et liquides organiques, jusqu’à la rencontre, le choc, une image qui se dessine et se fixe, celle d’un tout petit corps, un corps minuscule, parfaitement constitué et surtout incroyablement mobile.
Il sursaute, tressaute, se tend et s’arc-boute, ondule, se tourne et se retourne sur lui-même.
Et nous sommes là, incognitos, en parfaits espions, nous observons, tantôt surpris, tantôt troublés, l’œil trouble et la gorge serrée, lorsque cette petite main parfaite, cinq doigts que nous comptons par réflexe, vient se coller à notre objectif comme pour un tout premier salut.
Effet garanti.
Alors oui, je l’avais vu ce bébé, je savais qu’il existait, qu’il était là, quelque part niché au fond de moi, je l’avais vu grâce au miracle de la technologie.
Mais aussitôt la machine arrêtée, l’image de ce petit corps si parfait, avait à nouveau laissé toute la place à cette représentation vague et floue, et le doute n’avait pas tardé à refaire surface.
Le taux d’hormones sur papier à en-tête du Labo avait été remplacé par quelques clichés en noir et blanc que je devais regarder et regarder sans cesse, deux, trois, quatre fois par jour pour me convaincre que c’était vrai, que c’était bien ce que j’avais vu, un tout petit être à apparence tellement humaine dont l’image n’avait rien en commun avec une crevette ou un haricot sec, que ces photos avaient bel et bien été prises dans mon propre ventre à peine arrondi, qui un jour devait pourtant s’étirer et grossir pour faire éclore une vie bien réelle, un enfant à nourrir et élever…mélange d’angoisse et d’espoir.
Oui, il fallait faire ce cheminement mental là, encore et encore, chaque jour.
Chaque jour jusqu’à ce jour, ce jour unique ou un poing, un pied ou un coude est venu frapper, d’abord tout en douceur et en subtilité, à la porte de la certitude, puis l’ouvrir lentement, pas à pas, ou plutôt coup à coup pour finalement ne plus laisser la moindre place au doute.
S’est alors engagé un monologue de plusieurs semaines, composé de commentaires et explications, questionnements et affirmations et même réprimandes et encouragements.
Je n’ai pas tardé à affubler ce petit intrus de divers petits noms affectueux.
Ainsi, durant les dernières semaines de ma grossesse, alors que je n’allais plus travailler, j’avais pris l’habitude de parler à voix haute du matin au soir.

Jour J
Le matin de ma césarienne, j’entame un dernier monologue, j’explique pour la énième fois à mon petit ange (qui sera bientôt une petite personne à part entière) ce qui va se passer, qu’il ne faudra pas avoir peur, qu’aujourd’hui est un grand jour car nous allons nous rencontrer.
Je lui parle mais je sais bien que c’est aussi et surtout moi-même que je cherche à rassurer, que je cherche par ce biais à rendre plus accessible un évènement qui me paraît encore si mystérieux et dont le déroulement m’échappe complètement.

La suite est une autre histoire que je vous raconterais plus tard…


Mais vous, dites moi, quel est le souvenir le plus touchant ou le plus marquant que vous gardez ou garderez de votre grossesse ?
(pour tout récit de crises hémorroïdaire et autres rétention d’eau incontrôlable : s’abstenir ou se rendre sur un forum Doctissimo SVP)

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