L’art de la paresse

« Ah qu’il est doux de ne rien faire quand tout s’agite autour de vous »
Michel CARRE

Se mettre entre parenthèses, se soustraire momentanément au « temps productif » pour s’offrir celui de ne rien faire. Se défiler, pour quelques minutes ou quelques heures au tumulte du monde des « actifs »…

….le dimanche matin, après le petit déjeuner, retourner se blottir sous la couette encore chaude avec un bon roman et ne plus voir passer le temps,

….les débuts d’après midi d’été, quand le soleil tape si fort qu’il compromet jusqu’au découragement toute tentative de mise en mouvement, capituler face à l’assommante chaleur, se retirer dans la pénombre des rideaux tirés et s’allonger dans la souffle frais d’un ventilateur. Se laisser sombrer lentement dans le sommeil, bercer par le murmure lointain des activités de la vie qui continue autour de soi,

…les jours de repos froids et pluvieux, une tasse de thé fumant à portée de main, se pelotonner sous un plaid au milieu des coussins du canapé et s’offrir le luxe d’avoir pour seule décision à prendre celle du choix du film dans lequel on s’apprête à s’évader…

…s’offrir quelques heures de flânerie dans la ville sans but précis, le nez en l’air, le regard vagabond. Observer les gens, les fleurs d’un parc, le ciel et la montagne là bas, au bout d’une rue…

…le matin, à la sonnerie du réveil, se réfugier dans la tendresse offerte par les bras de l’être aimé et profiter dans une agréable torpeur des dernières minutes de la nuit qui s’achève au rythme des battements de son coeur…

Un véritable art qui nécessite, je le sais, d’acquérir un certain état d’esprit.

S’accorder ces moments de pause, en tête à tête avec soi même, profiter vraiment du moment, sans penser à ce qu’on pourrait faire, ce qu’on a pas fait ou ce qu’on fera après. Se laisser complètement aller dans ce moment, c’est aussi une manière de se sentir libre. Libre de s’accorder ce temps pour soi, libre de se soustraire aux autres, libre de se soustraire au temps.

Nos vies bien remplies, rythmées de contraintes de tous types, nous laissent certes peu d’opportunité de saisir des instants volés comme ceux-ci.

Mais lorsqu’on prend la peine d’y réfléchir vraiment, on se rend parfois compte que si elles ne se présentent pas, c’est souvent parce que nous ne leur laissons pas vraiment l’occasion de se présenter. Nous laissons peu de place à la paresse car nous en dénigrons la valeur (comme la marche, ce sport de vieux !).

Dans notre société de performance ou, il faut le dire, elle est souvent mal vue, on culpabilise de « se laisser aller ». Alors qu’en réalité ce « lâcher prise » est nécessaire à notre connexion avec nous même et avec le monde qui nous entoure.

Il fut un temps ou, sans en avoir vraiment conscience, je ne m’accordais plus un seul de ces moments. Je les considérais comme du temps « perdu », du temps gaspillé. Cette impression d’avoir mieux à faire, de « rater » quelque chose, quelque part…

Je m’étais interdit de « me laisser aller ».

Aujourd’hui, alors que je redécouvre le plaisir de les vivre et apprécie tous les bien faits qu’ils me procurent, je me rends compte à quel point ils ont manqué à ma vie pendant si longtemps !

J’ai réalisé que ce que j’appelais alors du « temps libre » n’était pas vraiment « libre ».
Je profitais, dans le sens « mettre à profit » de mon soi-disant temps « libre » (à savoir celui que je ne passais pas au travail) pour : faire du shopping, faire du sport, aller chez le coiffeur… C’était en effet du temps « pour moi », mais pas vraiment des moments de temps « de liberté », libres de toutes contrainte, consacré à mes réelles envies, mes réels besoins.

Parfois, il est peut être nécessaire de s’imposer l’exercice de faire le tri.
Ne garder parmi les activités que nous ne faisons pas par nécessité que celles qui nous sont réellement indispensables, qui nous sont vraiment bénéfiques parce que nous les faisons avec une réelle envie.

On se rend compte alors que ce temps « libéré » nous donne accès au lâcher prise et à la paresse, la douce et bienveillante paresse…

Et là encore, c’est une question de respect de soi, vous ne croyez pas ?

4 réflexions sur “L’art de la paresse

  1. L’art du rien faire n est pas evident. En fait est ce que regarder le ciel et les nuages, ou debout sur la grève recevoir les embruns des vagues, ou déambuler sans but, flâner font partie du  » rien faire  »
    Le  » rien faire  » est facile physiquement..mais souvent la pensée est active. Si elle est créatrice et procure une certaine félicité en savourant l inaction au profit de la contemplation, alors oui.

    Aimé par 1 personne

    1. Oui Stéphane, en effet, paresser ce n’est pas forcément « ne rien faire »…. Par paresse ici j’entends le fait de consacrer son temps à quelque chose de non « productif » (dormir ou rêvasser, flâner sans but, lire un livre, s’évader dans une série ou un bon roman) et que l’on fait par réelle envie….

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  2. La paresse n’existe pas quand il s’agit de prendre du temps pour soi! A quoi bon donner son temps aux autres si ce temps ne nous appartient pas? Pourquoi serait-ce coupable de vouloir se donner du temps à soi ? Le temps que je prends n’est pas un temps libre, il est rempli de bienveillance à mon égard, il est porteur de l’amour que je donne à moi même, il est le fruit de ce que j’ai accepté de ne pas m’obliger à faire , et in finé, la procrastination se dédie à tout ce qui ne m’est pas essentiel, et je prends du temps pour moi ! Celui que je décide de partager, d’offrir ou de garder pour moi.
    La paresse c’est ne pas faire ce que l’on a obligation de faire, dès lors que l’on se libère des obligations que l’on s’impose, on est plus obligé de rien et donc la paresse ne nous concerne plus . Prendre le temps de lire, le temps de rire, le temps de dire, le temps de vivre , mais vivre pour de bon, profitez de chaque minute qui passe, du vole d’un oiseau, d’un battement d’aile de papillon, d’un nuage qui passe, de la vie qui avance et qui ne revient jamais en arrière, ne pas laisser la société et les autres nous voler ce qui nous appartient, notre temps , et soudain, céder au laisser-aller, s’ouvrir à soi-même, s’accorder le temps et se retrouver avec son moi profond, se poser et se reposer.

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