Féminités

C’est la question récurrente posée dans le PodCast LA POUDRE (c’est par là !) par Lauren BASTIDE à ses invitées qui m’a inspirée l’idée de cet article : « êtes vous née femme ou êtes vous devenue femme ? ».
J’ai pensé que l’exercice d’y répondre pouvait être intéressant.
Je vous partage ici le fruit d’une réflexion assez intime.

Naître femme, le devenir ?

Qu’est ce qui fait que je me sens « femme » aujourd’hui ?
Je pense que je suis devenue une femme, à savoir une femme libre de vivre sa féminité comme elle l’entend, à partir de 40 ans.
Une femme dans l’entièreté du terme.
Je m’explique.

Je suis née femme, je suis née fille, au sens du genre.
Femme cisgenre, née de sexe féminin, physique, physiologique et psychologique.
Un genre dans lequel j’ai toujours été fort à l’aise.
Je me vautrais d’aisance dans tous les clichés de genres dans lesquels  je me fondais à merveille : j’adorais le rose, tout ce qui brille, les cheveux et les ongles long et les belles coiffures, je vénérais la plastique de mes poupées Barbie, je me suis maquillée dès ma plus tendre adolescence et je prends d’ailleurs toujours beaucoup de plaisir à le faire.

Mon frère excepté, parce que nous grandissions ensemble et que je le connaissais par coeur et “de coeur”, les garçons étaient pour moi un mystère, un monde à part.
Un monde que je regardais avec un mélange d’appréhension et d’excitation… un monde parallèle que j’explorerais “plus tard”, quand j’aurais l’âge… l’âge de quoi ? Je ne savais pas très bien.
Tout ce que je savais c’est que les jeux des garçons, la plupart des garçons, ne m’intéressaient pas et qu’à quelques exceptions près, parce qu’ils étaient plus doux, plus calmes, plus sensibles ou plus drôles que les autres, les garçons en eux même ne m’intéressaient pas et j’étais mal à l’aise en leur compagnie. Et, si je ne détestait pas les garçons, je n’avais pas de “copains”, je n’avais que des “copines”. Pour moi, une fille qui jouait au foot était bizarre.
Mes copines à moi ne jouaient pas au foot.
En réalité j’étais très impressionnée par « ce monde à part » qu’était pour moi celui des « garçons » mais je crois que je l’étais encore plus par celui des filles qui paraissaient parfaitement à l’aise dans ce monde… Pour moi c’était de l’ordre de l’exploit, alors que cela paraissait leur sembler complètement naturel.

En réalité dès que je suis entrée dans le monde « de l’autre sexe », de l’autre genre, celui des garçons, ça a été pour les séduire, pour leur plaire, pour qu’ils me désirent. C’est ce que j’ai recherché pendant toute mon adolescence.

Ce qui était relativement compliqué alors car je n’étais plus alors la jolie petite fille toute en rose avec ses belles joues rondes et son sourire à 2 dents que tout le monde trouvait si mignon, mais juste une adolescente complexée et mal dans sa peau qui ne faisait pas vraiment se retourner les garçons de son âge sur son passage.

J’ai beaucoup souffert de cette indifférence “masculine” pendant une grande partie de mon adolescence. Si un garçon qui me plaisait ne s’intéressait pas à moi (ce qui était souvent le cas), J’avais l’impression de ne pas exister, d’être transparente, inutile, morte de l’intérieur. Comme si c’était mon seul but dans la vie. Et, de fait, je crois bien que ça l’était.

Ce qui était très ironique car j’avais passé mon enfance à les ignorer et tout à coup ils devenaient presque ma raison de vivre. Cela m’a amené à me conduire parfois de manière ridicule et pathétique.
Longtemps j’y ai repensé avec force honte et regret, mais aujourd’hui je me rends compte que ce n’était pas ma faute, que j’avais été malgré moi, malgré même mon éducation relativement « prude », programmée comme ça : tu est une fille et si tu ne plais pas aux hommes, tu n’es rien.

C’est seulement récemment que j’ai réalisé cela.
On apprend à une fille à être jolie, à se comporter « comme une femme », selon certaines règles, à prendre soin d’elle selon un modèle bien précis de féminité : celui qui plaira aux hommes. Et de fait, toute mon enfance, dès que j’ai eu conscience du regard d’autrui, j’ai cherché à “être jolie” ou plutôt « conforme à ce modèle de féminité ».
Dans quel but ?
Celui de plaire à « l’autre sexe », « s’accoupler » et se « coupler » avec lui, en somme faire ce que la société attendait de mon genre.

Or il se trouve que chez moi (comme chez, je le pense, beaucoup de femmes, souvent inconsciemment) ces injonctions de plaire ancrées dans mon inconscient ont pris une tournure pathologique et obsessionnelle. Cela m’a amené dans toutes sortes de travers auto-destructeur, dont mes troubles du comportement alimentaires.
Des troubles du comportement tout court, allant même jusqu’à une forme d’auto-destruction. Car j’avais besoin comme d’une drogue de cette sensation de plaire, de séduire.

Quand j’étais petite fille, j’ai souvent entendu dans la bouche des adultes de mon entourage “Ah ça ! C’est une vraie fille, c’est sur !”. Le genre de phrase très conne que je me suis moi même surprise à prononcer assez souvent dans ma vie d’adulte…
Une phrase qui ne veut en fait rien dire, mais qui dit tout du moule de société binaire dans laquelle nous évoluons.
En quoi le fait d’avoir un pénis (attribut physique du genre dit « masculin ») empêcherait un individu d’aimer le rose, le maquillage, les cheveux et les ongles longs. En rien. Seulement les codes d’une masculinité entièrement construite sur un modèle unique de virilité.
Car en réalité, les masculinités, comme les féminités sont multiples.
Et cela, il m’a fallu arriver à l’âge canonique de 40 ans, pour le comprendre, à savoir atteindre un certain degré d’ouverture d’esprit pour me « déconstruire » c’est à dire ne plus voir le monde à travers le prisme de la société stéréotypé par lequel je regardais depuis l’enfance.
Il m’a suffit de détourner le regard pour m’apercevoir, comprendre et assimiler que non seulement une vision plus large (en réalité, infiniment plus large) était possible mais aussi que la nature, le monde, la vie, sont faits de nuances et non partagés en catégories étanches les unes des autres.

J’étais un pur produit d’une société genrée sur le mode binaire : 2 sexes, 2 genres et tous les stéréotypes épinglés à l’un et à l’autre. Une fille qui jouait au foot : bizarre… Un garçon qui aimait la dance : bizarre.. sous entendu, surement homosexuel.le !
Comme j’ai toujours eu l’esprit ouvert et que j’ai reçu une éducation empreinte de tolérance et d’acceptation de l’autre, j’ai cependant toujours très bien accepté et même comprise, l’homosexualité, la bi-sexualité et la transexualité, mais, encore une fois, toujours à travers ce prisme catégorisant les individus selon leurs attributs sexuels physiques : les hommes, les femmes, les hétéros, les homos, les bi, les trans (qui en change).

Selon moi, je suis devenue femme le jour ou je me suis libérée de cette pression de plaire et de séduire, de cette injonction de cette obligation, de cette idée que si l’on ne cochait pas toutes les cases des stéréotype de beauté en vigueur pour le genre dit « féminin » on n’existait pas en tant que femme, car depuis petite, dans mon imaginaire, ancrée puissamment dans mon inconscient, il y avait cette idée q’une femme se distinguait avant tout par cela, par son aspect physique, sa « beauté » stéréotypée, et qu’elle n’était validée que si elle correspondait à un certain mode, unique, de féminité.

Je ne me suis jamais sentie aussi libre que depuis que je vis ma féminité comme je l’entends et non comme la société l’attends de moi.
Ceux qui me connaissent et me côtoient savent qu’en réalité cela n’a pas vraiment changé ma manière d’être au quotidien (la plupart n’ont d’ailleurs sans doute vu aucune différence). Aucun changement physique spectaculaire, si ce n’est quelques kilos de plus (grâce à ma victoire écrasante sur mes TCA : voir ICI), je fais toujours mes couleurs, j’adore toujours autant me maquiller, porter les ongles longs et soignés, et je ne me suis pas laissé poussé des poils partout.
Mais toute la différence réside dans le fait qu’aujourd’hui je me sens libre de le faire OU PAS et que je porte un regard complètement différent sur les femmes qui ne le font pas ainsi que sur les hommes qui ne vivent pas leur masculinité dans le cadre du modèle de virilité imposé.

Tout est une question d’ouverture de champs de vision.
Vous aussi, essayez !
Vous verrez comme c’est libérateur de se délivrer de cette pression du genre.

Avertissement : Ah ah ah je sais que je viens de vous donner l’exemple type de sujet glissant à aborder à la table du Noël familial entre le fromage et la bûche ! Si vous choisissez de vous lancer et que vous partagez mon point de vue : Bonne Chance ! Ca va piquer !!! (vous me raconterez !)

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