Résilience

Je suis heureuse d’avoir créé mon blog et surtout d’avoir écrit les articles sur mon anorexie non seulement parce que j’ai la conviction que le partage de mon expérience est utile, mais aussi pour l’effet thérapeutique de la verbalisation des souffrances que je me suis infligées.

Cette verbalisation écrite m’a aidé à en prendre pleinement conscience et m’a donné la volonté réelle de m’en libérer durablement.

Or, malgré 20 longues années de trouble, de souffrance, auto-dénigrement et contraintes asservissantes, la résilience opérant (et c’est heureux !) il m’est de plus en plus difficile de me replonger vraiment dans mes ressentis de cette période…
J’imagine que cela signifie que la page est en train de se tourner vraiment.

Cette pensée me comble de bonheur et m’enveloppe d’une sérénité nouvelle que je ne me souviens pas avoir déjà éprouvée : enfin la fin.

Enfin la vie.

C’est seulement en regardant les photos, en particulier celles prise lors des 7 dernières années (comme la photo mise en avant prise en 2012 – 42 kg), ma période la plus restrictive, que je parviens à revivre les pensées qui m’habitaient… 
Il n’y a pas une photo de cette période que je regarde sans me dire : ah oui tient, à ce moment là je me sentais mal parce que je trouvais que j’avais pris des bras, ou, ah oui, je me souviens que le jour de cette photo j’ai pleuré le matin même en me pesant car j’avais pris un kilo….

Quand je regarde les photos prises en vacances et en particulier à plage je me souviens que je n’arrivais jamais à profiter du moment, emprisonnée par un état d’esprit de comparaison permanente.

Eté 2012 mon fils marche sur l’eau… et moi je cache ma tempête intérieure par un immuable sourire

Quand je regarde toutes ces photos, certes je me trouve très belle, mais malgré mon grand sourire affiché, j’arrive encore à me souvenir à quel point j’avais les nerfs à vifs et à quel point je ne profitait de rien tant je me sentais énervée et frustrée par la privation permanente.
En rationnant mon organisme, je privais mon corps de ce dont il avait besoin pour fonctionner “à plein régime” et j’impactais également mon esprit car la frustration et les calculs permanents l’empêchaient de se mettre au repos sereinement et de vivre pleinement le moment.
Sans parler de la notion de plaisir, la grande absente de mon alimentation quotidienne.

J’ai fait un test marrant qui illustre bien à quel point la nourriture et le contrôle de mon alimentation étaient obsessionnels : quand je regarde les photos prises lors de concerts, (pour découvrir ma vie de chanteuse voir : https://toutesmesvies.com/2019/11/01/aux-ames/) pour chacun d’entre eux je me souviens parfaitement du type de collation qui nous a été servi, si c’était avant ou après le concert (ou les 2) et de ce que je m’étais autorisé à manger ou pas.

2014 – Mes 43 kg sur scène avec Save My Soul

Par exemple, je me souviens qu’après tous nos concerts  à “La Soupe aux Choux” (jazz club grenoblois), les effets euphorisant de l’adrénaline d’avoir passé 2 heures sur scène m’enhardissaient et je m’accordais “le droit” d’aller réclamer une part de dessert à Jacques, le patron.
Je me délectais alors (et je n’étais pas la seule d’ailleurs ça je pense que tout le groupe s’en souvient) de ses délicieux fondants au chocolat ou autre crème brûlée au fruits rouges… que je regrettais dès la dernière bouchée avalée et j’allais me coucher en me promettant de faire une double séance de HIT le lendemain (alors que je venais de passer 2h sur scène à me dépenser sans compter avec presque rien dans le ventre…).

C’est aussi cela un trouble du comportement alimentaire.

Ca ne se voit pas forcément de l’extérieur, le coeur de la tempête se trouve à l’intérieur…

Aujourd’hui je revis, je vis pleinement et à 100% chaque minute (et chaque bouchée) de ma vie, sans culpabilité et sans regret.

Février 2020 – Environ 50 kg… but who cares ????

Mais je n’oublie pas.
D’abord pour moi parce qu’il est important que je me souvienne par quoi je suis passée, pour ne jamais y retourner, et peut être pour vous aussi qui souffrez, pour vous montrer à quel point il est n’est jamais trop tard pour s’en sortir et pour commencer à vivre.

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